Rien remplit tout l'espace où l'enfant meurt de naître,
Et, tel Léviathan,
Le Néant, pieuvre horrible aux souples tentacules,
Vient tâter, en rampant dans les froids crépuscules,
L'enfant-spectre, Nathan.
La Terre dans le vide inerte s'est perdue.
Qu'est-ce l'éternité ? C'est l'heure suspendue.
Les sombres balanciers
Des horloges du Temps demeurent immobiles.
Nathan s'est échoué dans les limbes hostiles
De sable et de glaciers.
Ses yeux éteints n'ont pas cillé dans leurs orbites,
Cherchant d'où provenait l'écho de voix subites
A l'heure où tout se tait,
Quand, près du berceau morne où pleuvaient des ténèbres,
Pour Nathan, endormi dans ses langes funèbres,
Un chant de deuil montait.
- Le vent, berger du ciel, pâtre errant du nuage,
Ne viendra pas jouer, en frôlant ton visage,
Dans tes cheveux épars.
Le soleil, rayonnant dans les horizons vagues,
Ne mettra pas d'argent sur la crête des vagues
Et d'or dans tes regards.
- O mon fils bien-aimé ! Fleur fanée en son germe !
L'Avenir est, pour toi comme un livre qu'on ferme
Sans avoir rien écrit ;
D'autres vivront, sans toi, les jours que l'on te vole ;
Hélas ! L'agneau succombe, hélas ! L'oiseau s'envole,
Hélas ! L'enfant périt !
Il n'entend pas le chant que murmure sa mère,
Il dort. Il n'entend pas, dans son absence amère,
Son père, car il dort.
Le ciel a partagé cet enfant qu'il réclame :
La flamme a pris son corps, le vent a pris son âme
Puisque Nathan est mort.